L’Eglise doit accepter d’être dépouillée pour renaître

Quelle attitude spirituelle adopter face à une Église condamnée, semble-t-il, au déclin et à la pénurie de prêtres et de moyens ?

L’histoire de l’Église de France est marquée par des bouleversements périodiques. La vie de l’Église est marquée par la traversée de crises dramatiques. Cela ne doit pas nous faire peur. Elles conduisent à une vie nouvelle. L’Esprit Saint va apporter une renaissance, si nous le lui permettons.

Comment se situer, entre abandon à la Providence et décisions réalistes, face à l’avenir dans l’Église ?

Nous devons réfléchir à ce que nous pouvons faire aujourd’hui « Ne vous demandez pas ce qu’il vous faut arrêter de faire, mais ce que vous avez envie de faire. » Alors, la puissance créative du Saint-Esprit nous renouvellera. Prenons en compte la créativité très réelle de Dieu. « Dieu pourvoira » Oui, mais généralement à travers nous. Il se peut que le système des paroisses lui-même soit lié au passé rural de l’Église et qu’il nous faille imaginer d’autres manières d’être en communion les uns avec les autres.

Que peut-on imaginer justement pour demain, pour faire « autrement », « différemment » ?

La tendance de l’Église, durant les siècles passés, a consisté à se défendre contre la modernité. Nous avons souvent manifesté de la peur à l’égard de tout ce qui était nouveau. À partir du concile Vatican II, l’Église a commencé à renoncer à cette attitude timorée. Nous avons abandonné cette attitude défensive. C’est l’invitation du pape François: les prêtres doivent quitter leur sacristie et, en tant que communauté, et nous les baptisés devons nous tenir aux côtés des gens dans leurs combats. Que faut-il abandonner de nos structures, de nos attitudes ? À cause de son attitude défensive, l’Église a souvent été trop centralisatrice, et le Vatican a dominé la vie de l’Église, cherchant à contrôler plus qu’il ne le faut. La Curie devrait être au service du gouvernement de l’Église assuré par le pape et les évêques, et non les évêques au service du gouvernement de l’Église administrée par le pape et la Curie. Le pape François souhaite défaire ces structures de contrôle excessif, qui peuvent empêcher les impulsions libres de l’Esprit.

Nous avons besoin d’institutions, certes, mais leur rôle est de responsabiliser les chrétiens, et non de contraindre.

Cette situation amène-t-elle à redessiner les rapports entre responsabilité et sacerdoce ?

Le temps est venu d’une créativité institutionnelle, qui puisse nous aider à parler et à nous écouter les uns les autres. Le pape François lui-même a dit qu’il nous faut repenser la manière d’exercer le pouvoir dans l’Église, que ce pouvoir ne devrait pas être si étroitement lié à l’ordination. Il veut décléricaliser l’Église. Nous nous plaignons d’un manque de vocations parce que nous pensons trop étroitement en termes de vocations à la prêtrise et à la vie religieuse. Ce sont des vocations magnifiques, mais chacun a une vocation, un appel à vivre pleinement uni au Christ et pour son peuple.

En quoi cette crise peut-elle représenter une chance pour l’Église?

À l’approche de sa mort et de sa résurrection, Jésus a été dépouillé de beaucoup de choses. Il ne réalisait plus aucun miracle. Il n’était plus le centre de la foule, une figure entourée de partisans et d’admirateurs. Il a été privé de ses disciples qui l’ont renié et ont fui. Il a finalement été dépouillé de ses vêtements et laissé nu sur la croix. Tout ceci a ouvert la voie au don inimaginable de la Résurrection.
Ainsi en est-il pour l’Église. Nous sommes dépouillés de notre réputation, de notre autorité, de notre position dans la société, de nos membres. Mais nous devons oser croire que ceci va nous préparer à une nouvelle naissance par des chemins que nous ne pouvons anticiper. C’est une époque passionnante pour l’Église aujourd’hui.

Il s’agit bien d’une crise, évidemment, mais n’oublions pas qu’il y eut la dernière Cène, qui est le sacrement de notre espérance.

Extraits de propos du P. Timothy Radcliffe (OP)