Réflexion du nouvel an

“Dieu écrit sa propre révélation dans l’apparence des événements du monde”,
Léon Bloy – Dans les ténèbres.

Pour le christianisme, le temps a un début et une fin

Le monde a commencé dans le temps, il a été créé librement et il finira dans le temps.
(contrairement à la croyance panthéiste d’un monde éternel et nécessaire)

La création est centrée sur le Christ : la Genèse et les prophéties préparent son avènement et, à partir de son incarnation, l’histoire prend comme sens la fin des temps, l’Apocalypse, l’eschatologie ou venue du règne de Dieu dans le monde. L’histoire de l’homme devient celle de Dieu, de l’incarnation progressive de Dieu dans l’homme, de Dieu se faisant homme.

Alors que le temps pour l’hellénisme ou l’hindouisme est circulaire, reproduisant la sphère du monde, la sphère étant le symbole de la perfection mais aussi de la nécessité enfermée en elle-même, le temps du christianisme est rectiligne, il est « via recta », la voie droite.

L’histoire est histoire sainte, l’histoire a pour but le salut de chaque homme, c’est-à-dire la sanctification de chaque homme puisque le Christ ne viendra parachever l’oeuvre de la Création que lorsque « Dieu sera tout en tous ». Le temps est la distance de nous-mêmes à nous-mêmes, de nous-mêmes à Dieu.

Si le temps est la prise de conscience progressive de notre éternité, c’est parce que l’éternité est la vie de l’amour. C’est parce que l’amour est infini que nous ne cesserons jamais de nous unir à lui. Amour qui est à la fois présence et absence puisque l’union est toujours déjà là et toujours à venir, l’éternité étant la présence de l’Être et notre présence à l’Être, tandis que le temps est le mouvement de l’amour.

C’est parce que je ne suis pas Dieu mais que Dieu est en moi que je m’unis à l’Eternel dans et par le temps, le temps étant la respiration de l’amour, l’espace où l’amour se vit.

Si l’éternité est non pas ce qui était avant le temps ou ce qui sera après le temps mais la plénitude du temps , elle est la réalité de l’amour , le coeur du temps, car elle est le souffle de la vie , nous comprendrons que, pour les chrétiens, nous sommes éternels dans la totalité de notre être, sans distinction Entre corps et esprit, puisque tous deux ne font qu’un, comme nous le verrons.

La fin du monde signifie donc non seulement la fin du temps, mais la fin du corps comme transfiguration du corps en esprit.

(Extraits d’une contribution de Michèle Reboul Revue Question De. No 16 : La fin du monde. Janvier-Février 1977)