Interview du pape François du 27 janvier 2019 dans l’avion qui le ramenait vers Rome depuis le Panama où il a participé aux JMJ.

Ci-dessous les points à retenir de ses échanges avec les journalistes.

Sur l’avortement :

« Le message de miséricorde s’adresse à tous, également à la personne humaine qui est en gestation. Après avoir fait cette chute, il y a la miséricorde pour elles [les femmes qui avortent, ndlr]. Il s’agit d’une miséricorde difficile car le problème n’est pas de donner le pardon : le problème est d’accompagner une femme qui a pris conscience d’avoir avorté. Ce sont des drames terribles. […] Il faut être là au confessionnal et tout ce qu’on peut y faire c’est de donner la consolation et de ne rien dire. C’est pour cela que j’ai ouvert la possibilité d’absoudre l’avortement par miséricorde parce que, tant de fois, presque toujours, on rencontre ces femmes qui pleurent et je leur dis : “il y a ton enfant au ciel : parle-lui, chante-lui les berceuses que tu n’as pas pu lui chanter“. Il f a u t t r o u v e r u n e v o i e d e réconciliation de la mère pour son enfant. Avec Dieu, c’est déjà fait. Dieu pardonne. Dieu pardonne toujours. Mais, la miséricorde est aussi pour elle et il faut travailler à cela. Le drame de l’avortement pour bien le comprendre, il faut être au confessionnal. C’est terrible. »

Sur les motifs qui éloignent certains jeunes de l’Église :

« Il y en a tant, quelques-uns sont personnels, mais le plus général, le premier, je crois que c’est le manque de témoignage des chrétiens, des prêtres, des évêques. Je ne dis pas des papes, mais aussi. Le manque de témoignage. Si un pasteur fait l’entrepreneur ou l’organisateur d’un plan pastoral… Si un pasteur n’est pas proche des gens, ce pasteur ne donne pas un témoignage de pasteur. Le pasteur doit être avec les gens. Pasteurtroupeau, utilisons ces mots. Le pasteur doit être en avant sur le troupeau, pour montrer le chemin au milieu du troupeau, pour sentir l’odeur des gens et comprendre ce que sentent les gens, de ce dont ils ont besoin, comment ils se sentent. Il est [aussi] derrière le peuple pour protéger l’arrière-garde. Mais si un pasteur ne vit pas avec passion, les gens se sentent abandonnés, ou – dans un certain sens – méprisés. J’ai souligné les pasteurs, mais aussi les chrétiens, les catholiques hypocrites (…) Les catholiques hypocrites, qui vont tous les dimanches à la messe et qui ensuite ne payent pas le 13e mois, te payent au noir, exploitent les gens… Puis ils vont aux Caraïbes pour les vacances avec l’exploitation des gens. Mais si tu fais cela, tu donnes un contre témoignage et, selon moi, c’est cela ce qui éloigne le plus les gens de l’Église, car ne dis pas que tu es catholique si tu ne donnes pas un témoignage. Dis je suis d’éducation catholique, mais je suis tiède, je suis mondain et je demande pardon, ne me regardez pas comme modèle. Cela serait digne. J’ai peur des catholiques qui se croient parfaits. Mais l’histoire se répète. Souvenez vous de Jésus avec les docteurs de la loi… »

Sur l’ordination d’hommes mariés et le mariage des prêtres

« Me vient à l’esprit une phrase de Paul VI au moment le plus difficile, 1968: « Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat ». En ce moment, il faut redire cette phrase car c’est une phrase courageuse. Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Église. Je ne suis pas d’accord pour permettre le célibat optionnel. Non. Je ne le ferai pas, que cela reste clair. Je peux peut-être sembler fermé là-dessus mais je ne me sens pas de paraître devant Dieu avec cette décision. »